RMB 01 : Richard Mille et Brough Superior créent une moto d’exception
Quand un horloger suisse réputé pour ses calibres futuristes croise la route d’un constructeur franco-britannique au savoir-faire centenaire, il ne faut pas s’attendre à une énième déclinaison marketing. Ce que Richard Mille et Brough Superior viennent de dévoiler au Mans Classic 2025 dépasse largement l’exercice de style. La RMB 01, c’est un manifeste. Un objet mécanique rare, pensé autant pour l’œil que pour l’asphalte.
Brough Superior n’en est pas à son coup d’essai. Après l’AMB 001, conçue main dans la main avec Aston Martin, l’atelier toulousain récidive. Mais cette fois, l’accent est mis non sur la performance brute, mais sur l’extrême précision, le détail, la cohérence esthétique. Il a fallu huit mois et douze versions pour aboutir à la forme finale.
Un moteur taillé dans le métal et le silence
Pas de surenchère chiffrée ici. 997 cm³, 130 chevaux, et un bicylindre en V à 90°, usiné dans deux blocs d’aluminium massif. Loin des standards surpuissants de certaines hypersportives, la RMB 01 vise une autre forme d’efficacité : la souplesse mécanique, la réponse fluide, le plaisir immédiat.
Le châssis ? Un épine dorsale monocoque en carbone, suspendue, allégée, presque invisible à l’œil. La moto semble flotter. Aucun plastique. Aucun compromis. Aluminium, titane, fibre de carbone, point. Même les carénages ajourés et les ailerons rappellent l’âge d’or des boardtrackers des années 1910, ces machines de course sans freins, posées sur des anneaux de bois.
Quand l’horlogerie devient langage visuel
Ce n’est pas un simple clin d’œil. Richard Mille ne se contente pas d’apposer sa griffe. Toute la moto parle son langage.
Les jantes en deux parties font penser aux engrenages d’un calibre. Le carter moteur adopte la géométrie d’un tourbillon. Et le squelettage de la structure, visible sur certaines portions, évoque les fameuses montres RM à cadran transparent. C’est un jeu de lumière et de matière, un dialogue constant entre vide et plein.
Même les trois livrées sont une référence aux finitions horlogères :
Nocturnal Sapphire, bleu profond aux reflets métalliques.
Selene, gris mat rehaussé d’orange comme un insert de lunette.
Pearl of Speed, blanc nacré et rouge course, à la limite de l’exubérance.
Une série limitée pour collectionneur pointilleux
La RMB 01 ne s’adresse pas à celui qui cherche un outil de piste, ni à celui qui enchaîne les kilomètres. Elle vise l’amateur éclairé, celui qui comprend l’intention, la filiation, le geste artisanal.
150 exemplaires numérotés, tous montés à la main dans les ateliers de Toulouse. Pas de plastiques, pas d’options superflues. Un prix supérieur à 200 000 euros, mais c’est une information d’arrière-plan. L’acheteur type a déjà plusieurs montres RM dans son coffre. Il collectionne des machines rares, pas des chiffres.
AMB 001 Pro vs RMB 01 : deux philosophies
Difficile de ne pas comparer cette nouvelle collaboration à la précédente. Sur le papier, la AMB 001 Pro (997 cm³, 225 ch, 88 exemplaires) semble plus extrême. Mais elle est pensée pour le circuit pur, sans concession.
La RMB 01, elle, ralentit le temps. Elle ne cherche pas à battre un chrono, mais à provoquer un frisson visuel et tactile. Là où l’AMB 001 Pro rugit, la RMB 01 chuchote. Là où l’autre attaque, elle contemple. Ce n’est pas une rivalité, c’est une divergence de trajectoire.
Une vitrine technologique autant qu’un outil d’image
L’intérêt de Richard Mille ne se limite pas à l’objet. Il y a derrière cette collaboration un transfert discret mais réel de savoir-faire. Le soin apporté à l’usinage moteur, aux traitements de surface, aux ajustements manuels : tout cela porte l’empreinte d’une culture horlogère exigeante.
Et le choix du Mans Classic comme cadre de lancement n’a rien d’anodin. Richard Mille en est partenaire depuis des années. Le public présent comprend, apprécie, respecte ce type de proposition. C’est un terrain propice à l’exception.
Brough Superior, de son côté, confirme son positionnement à part. Après l’automobile de prestige, c’est désormais le monde de l’horlogerie qui valide l’excellence de la marque. L’image de « haute couture moto » n’est plus un slogan, c’est un positionnement acté.







