Traverser l’Afrique en 125cc, c’est s’offrir une aventure hors du temps. Pas besoin de 1200 GS bardée d’électronique pour avaler les pistes du Sahel : une petite cylindrée bien préparée, un mental d’acier et un peu de mécanique suffisent. Ce pari audacieux, plusieurs motards l’ont relevé, prouvant qu’une Honda 125 CG ou une Yamaha TW 125 peut avaler des milliers de kilomètres sur des routes où même les gros trails hésitent.
Les pionniers de la 125 africaine
Fabrice Dubusset fait partie de ces têtes brûlées lucides. Trois mois, 7 000 kilomètres, de Lagos à Dakar, au guidon d’une Honda 125 CG. Avant de partir, il s’était offert un stage mécanique quotidien : démontage, remontage, réglage. Pas de hasard, tout était anticipé. Une fois chargé, le petit monocylindre ne dépassait guère les 80 km/h, mais sur les routes africaines, la vitesse compte moins que la fiabilité.
Il confiait : « Ce n’était qu’une 125, mais les routes africaines ne demandent pas plus. »
La 125, c’est l’école de la patience et de la régularité. Et c’est justement ce qui fait sa force.
Autre exploit, celui de Doris Lacombe, 82 ans. Oui, 82. Sur sa Yamaha 125 rouge, elle a parcouru plus de 16 000 kilomètres autour du Golfe de Guinée. Dix pays, huit mois de route, et même une fracture de l’omoplate en pleine brousse avant de repartir. Son périple, à la fois aventureux et humanitaire, prouve que l’âge n’a rien à voir avec la passion, ni avec le courage.
Ce qu’il faut toujours emporter
Les aventuriers expérimentés partent avec un minimum vital, mais suffisant pour s’en sortir.
Une bougie, un jeu de vis platinées, quelques durites, un kit de réparation de crevaison, un litre d’huile et surtout un jeu d’outils adaptés.
Un motard ayant traversé le Niger expliquait : « Je réglais simplement le jeu aux soupapes de temps en temps et je remplaçais les vis platinées quand le moteur toussait. » La simplicité mécanique des 125, c’est leur assurance-vie.
Côté sécurité, la trousse de premiers secours n’est pas un gadget. Pansements, antiseptiques, couverture de survie, purificateur d’eau. Dans certaines zones, l’eau potable vaut plus cher que l’essence.
Les modèles qui ont fait leurs preuves
La Honda 125 CG reste la reine incontestée du continent. Elle encaisse tout : chaleur, poussière, surcharge. Sa mécanique est rustique, mais indestructible. On trouve ses pièces de rechange dans le moindre atelier de Lagos ou d’Abidjan.
Consommation : 3 litres aux 100 km. Autonomie : jusqu’à 900 km avec réservoir modifié. Certains exemplaires dépassent les 100 000 km sans ouverture moteur.
La Yamaha TW 125, de son côté, séduit par son côté baroudeur. Ses pneus surdimensionnés (130/80-18 à l’avant, 180/80-14 à l’arrière) la rendent presque increvable. Elle flotte sur le sable, grimpe les pistes, mais pêche par son petit réservoir. Les plus débrouillards montent un réservoir de DTMX pour gagner 200 km d’autonomie.

Ce qui casse, et ce qui résiste
Les suspensions d’origine sont les premières à rendre l’âme. Trop souples, trop légères, elles se tassent après quelques centaines de kilomètres de tôle ondulée.
L’éclairage aussi pose problème : 25 watts de phare, c’est ridicule. Certains ajoutent des feux longue portée, souvent bricolés avec les moyens du bord.
Enfin, les freins à tambour moto sont plus décoratifs qu’efficaces. Beaucoup montent un frein à disque avant emprunté à une autre moto.
En revanche, la chaîne, bien protégée, peut tenir toute la traversée. Le pneu avant, grâce à la faible charge, atteint parfois 80 000 km. Et le moteur 4-temps refroidi par air reste d’une fiabilité exemplaire, même après des jours à 40°C.
Le poids, l’ennemi invisible
Un équipement complet dépasse rarement 70 kg : 20 kg de modifications mécaniques, 15 kg de sécurité et de survie, 10 kg de mécanique et d’huile, le reste en bagagerie. Chaque kilo en trop se paie sur la stabilité.
Les jerrycans pleins de 20 litres (soit 15 kg) doivent être fixés bas et centrés, sur un porte-bagages renforcé.
Les choix deviennent cornéliens : confort ou fiabilité ? Eau ou essence ? Certains abandonnent leur tente pour emporter plus de pièces, d’autres roulent sans sac de couchage pour gagner 2 kg.
Le coût réel d’une telle aventure
Un voyage comme celui-là demande environ 3 000 euros d’équipement.
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Modifications de la moto : 850€
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Équipement pilote : 480€
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Bagagerie : 450€
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Pièces et outils : 400€
Le carburant, lui, reste anecdotique : 4 centimes le kilomètre pour un monocylindre 125. Un aventurier ayant parcouru 11 678 km n’a dépensé que 476€ en essence.
| Catégorie | Élément | Pourquoi | Poids (kg) | Coût estimé (€) |
|---|---|---|---|---|
| Modifications moto | Réservoir 32 L | Autonomie 800–1000 km | 7 | 350 |
| Modifications moto | Porte-bagages renforcé | Charge basse et centrée | 4 | 200 |
| Modifications moto | Amortisseurs Koni | Endurer la tôle ondulée | 3 | 300 |
| Sécurité/Survie | Jerrycan 20 L | Réserve zones isolées | 15 | 50 |
| Sécurité/Survie | Trousse premiers secours | Trauma léger immédiat | 0.5 | 40 |
| Sécurité/Survie | Purificateur d’eau | Limiter le risque sanitaire | 0.3 | 70 |
| Mécanique | Kit crevaison + CO₂ | Réparer sur piste | 0.8 | 35 |
| Mécanique | Bougies, filtres, vis platinées | Entretien courant | 1.2 | 60 |
| Mécanique | Huile moteur (2–3 L) | Vidanges prolongées | 2.5 | 35 |
| Bagagerie | Valises étanches + sangles | Protection du matériel | 4.5 | 250 |
| Équipement pilote | Casque, gants, vêtements | Protection chaleur et chutes | 2.2 | 480 |
| Total | Poids/Coût cumulé | Charge optimisée | 71 | 3000 |
La leçon des aventuriers
Tous répètent la même chose : prépare ta moto avant de partir. Apprends la mécanique, teste ton matériel, roule chargé avant le départ.
Mais au-delà de la technique, c’est l’état d’esprit qui fait la différence. Doris Lacombe, 82 ans, sans permis moto, a réussi ce que beaucoup n’oseraient pas tenter. Elle résumait : « Quand je commence quelque chose, je vais jusqu’au bout. »
En Afrique, l’humilité remplace la puissance. Ces motards en 125 n’ont pas seulement traversé un continent, ils ont redéfini ce qu’est le vrai voyage à moto : un mélange de débrouille, de lenteur, et d’instants suspendus.






