La Route des Grandes Alpes : 720 km de pur kif… si t’as le bon trail et le bon mental. Ils relient Thonon-les-Bains à Menton en passant par 17 cols d’altitude, dont 6 au-delà des 2000 mètres. Un tracé pensé au départ pour l’armée, devenu terrain de jeu privilégié des motards. Avec plus de 17 000 mètres de dénivelé cumulé, c’est un parcours exigeant qui te mènera des rives du Léman à la Méditerranée en traversant les massifs les plus spectaculaires des Alpes françaises.
Une route née dans les cartouches et les pneus lisses
Ce n’est pas un caprice de l’industrie touristique. L’idée prend forme en 1909 grâce au Touring Club de France, qui cherche à ouvrir la montagne aux amateurs de virées mécaniques. Mais les bases, elles, sont militaires. Dès le XIXe siècle, l’armée fait percer des routes dans les reliefs pour atteindre les forts perchés. Le bitume viendra plus tard.
Les premiers travaux débutent en 1911. En 1937, l’Iseran est inauguré : à 2 764 mètres, il devient le point culminant de ce qui est alors considéré comme le tracé alpin le plus ambitieux d’Europe. Aujourd’hui encore, aucune route ne l’a détrôné.
Du lac au littoral : ce qui t’attend, col après col
Tu franchiras des noms qui résonnent comme des trophées. Col des Aravis, Col du Galibier, Col de l’Izoard, Col de la Bonette, Col de la Cayolle, Turini, Col d’Èze… Chacun avec son propre caractère, sa lumière, ses pièges.
Le Cormet de Roselend, par exemple, c’est la carte postale grandeur nature. Une montée qui serpente à flanc de montagne avec vue sur un barrage turquoise. Plus loin, l’Iseran, souvent sous la neige même en juillet, te cueillera avec son air rare et ses plaques de givre qui subsistent parfois en versant nord.
Et puis il y a la Bonette, qui tutoie les 2 802 mètres si tu choisis la boucle par la cime. Un détour court, mais qui offre un panorama à 360 degrés. Quand tu attaques la descente vers la Méditerranée, le parfum change. L’air s’alourdit, les virages deviennent moins mordants, les pins remplacent les sapins. C’est la fin de l’ascension.

La bonne moto pour les grandes montagnes
Tu peux le faire en roadster, en sportive, en custom. Mais si tu veux enchaîner les cols sans finir les lombaires en miettes, alors mieux vaut t’orienter vers un trail. Une BMW GS, une Africa Twin, une Tiger 900, une Multistrada V2… Tu choisis ton camp.
Le point commun, c’est une position haute, des débattements confortables, et un moteur qui tracte sans cogner, même quand tu ressors d’une épingle à 1 200 mètres d’altitude, sacoches pleines.
Vérifie tout avant de partir. Les pneus doivent être récents, à la bonne pression, équilibrés. Les freins doivent encaisser des dizaines de kilomètres de descente. N’attends pas d’être à mi-col pour te rendre compte que le liquide de frein est vieux ou que ton disque est voilé.
L’équipement : couche par couche
Il peut faire 30°C à Barcelonnette et 6°C au sommet du Galibier. Le matin, tu roules en tee-shirt technique, à midi tu transpires, et à 17h tu claques des dents sous une averse. Si tu n’as pas pensé à ça, la journée peut virer au calvaire.
Privilégie les couches fines et techniques : sous-vêtements respirants, polaire fine, veste laminée avec zip de ventilation. Les gants, il t’en faut deux paires. Une chaude, une aérée. Les bottes doivent couvrir la malléole, avec renforts aux tibias.
Ne pars pas sans tour de cou ni combinaison de pluie. L’humidité s’invite souvent sans prévenir, surtout l’après-midi au-dessus de 1800 mètres.
Combien de jours faut-il vraiment ?
Si tu veux vraiment en profiter, compte 4 à 6 jours. Trois jours, c’est tendu, tu passes ton temps à rouler sans rien voir. Deux jours, c’est un contre-la-montre. En une journée, c’est pour le défi, pas pour le plaisir.
Les meilleurs moments ? Fin juin ou septembre. Moins de touristes, plus de visibilité, cols dégagés, températures idéales. Évite juillet-août, sauf si tu aimes rouler entre les camping-cars et les cyclistes par 35°C.
Dormir, manger, refaire le plein : où s’arrêter
Les relais motards sont tes alliés. Hébergement simple, garage fermé, outils à disposition, ambiance détendue. Il en existe plus de 400 en France, certains sur l’itinéraire ou à proximité immédiate.
Pour l’essence, pas besoin de t’inquiéter : il y a des stations à intervalles réguliers, sauf entre le Galibier et Briançon ou après la Bonette. Prévois toujours un petit tampon d’autonomie, surtout si tu roules chargé.
Côté bouffe, oublie les chaînes. Tu trouveras des auberges locales à base de tomme de Savoie, tarte aux myrtilles, agneau des alpages. Et surtout, des cafés de montagne où s’échanger les infos sur les conditions plus efficacement qu’avec n’importe quelle appli.
Conduire propre dans un décor fragile
Les Alpes ne sont pas une piste privée. Tu partages la route avec les cyclistes, les randonneurs, les locaux. Le bruit des pots ouverts commence à poser problème, notamment dans des coins comme le col de l’Izoard ou le Galibier.
Respecte les lignes blanches, reste maître de ta trajectoire, et anticipe les gravillons ou l’animal qui peut débouler. Ne pas freiner en courbe, ne pas couper les virages, et toujours regarder là où tu veux aller.
Si tu veux continuer à rouler ici dans dix ans, il faut rouler propre, au sens mécanique comme au sens moral. Les communes de montagne commencent à parler de restrictions sur certaines périodes. Ce n’est plus une menace, c’est dans les tuyaux.
Tu veux la montagne ? Respecte-la.







