Cette Kawasaki a 48 cylindres, et elle est homologuée sur route
48 cylindres. 4 200 cm³ répartis sur 6 rangées. 48 carburateurs. 48 allumages. Un moteur auxiliaire de 125 cm³ juste pour la démarrer. Et une homologation parfaitement légale pour circuler sur les routes britanniques. La Tinker Toy, construite entre 1998 et 2003 par l’Anglais Simon Whitelock, détient le record Guinness du véhicule terrestre avec le plus grand nombre de cylindres dans un seul moteur. En avril 2024, après 21 ans d’existence, elle a été vendue aux enchères chez Bonhams pour 92 000 £ (environ 107 000 €), soit 53 % au-dessus de l’estimation haute. C’est l’une des histoires les plus démesurées de l’ingénierie moto.
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Simon Whitelock : le Frankenstein de Potters Bar
Simon Whitelock opère depuis Red Dog Superbikes à Potters Bar, dans le Hertfordshire. Constructeur de motos uniques depuis 1985, il ne cherche pas le style ou l’esthétique. Son obsession a un chiffre : le nombre de cylindres. Ses premières créations sont déjà hors normes : des assemblages de 4 cylindres deux-temps en pièces Kawasaki récupérées. Puis un 9 cylindres, baptisé “triple-triple”, construit à partir d’une Kawasaki S1 américaine. Puis un 7 cylindres en ligne.
Dans la scène custom britannique de l’époque règne une logique de surenchère non déclarée : qui mettra le plus de cylindres dans un moteur de moto ? Whitelock décide d’y mettre fin une fois pour toutes. Son objectif est explicite : construire quelque chose de si démesuré que personne n’oserait aller plus loin. Le verdict sera 48 cylindres. Et il a tenu sa promesse : 21 ans après la fin de la construction, le record n’a toujours pas été battu.
Bon à savoir
Toutes les créations de Whitelock sont exclusivement à base Kawasaki et exclusivement deux-temps. Ce n’est pas un hasard : les deux-temps Kawasaki des années 1970 sont mécaniquement simples, disponibles en abondance dans les casses britanniques, et leur architecture modulaire se prête à l’assemblage en rangées. C’est une obsession cohérente autant qu’une contrainte pratique.
La construction : 16 moteurs KH250 et 48 carburateurs
Le chantier démarre en 1998. Whitelock s’associe avec l’ingénieur Dave Sperry pour assembler les différents sous-ensembles. Environ 80 % de la construction est réalisée lors de la dernière année, 2003. Le moteur choisi comme brique de base est le Kawasaki KH250, petit trois-cylindres deux-temps de 249 cm³ issu des années 1970. Deux raisons guident ce choix : son prix très bas sur le marché de l’occasion, et son omniprésence dans les casses et brocantes britanniques.
Whitelock assemble 16 moteurs KH250 organisés en 6 rangées de 8 cylindres, formant un bloc moteur unique et colossal. Chaque cylindre reçoit son propre carburateur Mikuni et son propre système d’allumage. Les 48 lignes d’échappement se collectent en 24-en-1 de chaque côté de la moto. La boîte de vitesses est récupérée sur une BMW K100. L’alternateur est emprunté à une voiture, la puissance électrique d’un alternateur de moto standard étant insuffisante pour alimenter l’ensemble.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Nombre de cylindres | 48 (+ 1 moteur auxiliaire = 49 au démarrage) |
| Cylindrée totale | 4 200 cm³ (4,2 litres) |
| Architecture | 6 rangées de 8 cylindres deux-temps |
| Moteurs source | 16 x Kawasaki KH250 (3 cylindres, 249 cm³ chacun) |
| Carburation | 48 carburateurs Mikuni (1 par cylindre) |
| Allumage | 48 allumages indépendants |
| Échappements | Collecte en 24-en-1 de chaque côté |
| Boîte de vitesses | Récupérée sur une BMW K100 |
| Fourche avant | Issue d’une Honda Gold Wing |
| Poids total | 600 kg (environ 1 300 lb) |
| Puissance théorique cumulée | ~448 ch (16 x 28 ch d’origine), réduite en pratique par les frottements et pertes |
Pour comprendre d’où vient la brique de base, voici la fiche technique du Kawasaki KH250, dernier représentant des célèbres “Kawasaki Triples” deux-temps produits entre 1968 et 1980 :
| Paramètre | Kawasaki KH250 (1976-77) |
|---|---|
| Architecture | 3 cylindres en ligne, 2 temps, refroidissement air |
| Cylindrée | 249 cm³ |
| Alésage x course | 45 x 52,3 mm |
| Puissance | 28 ch à 7 500 tr/min |
| Alimentation | 3 carburateurs Mikuni VM22SC |
| Poids à sec | 157 kg |
| Vitesse maximale | ~145 km/h |
Le problème du démarrage et le “donkey engine”
Un moteur de 4,2 litres réparti sur 48 cylindres deux-temps ne se démarre pas avec un simple démarreur électrique. La masse à mettre en rotation est tout simplement trop importante pour un système électrique conventionnel. Whitelock imagine une solution radicale : monter un moteur monocylindre de 125 cm³ sur la moto, utilisé uniquement pour entraîner le moteur principal jusqu’à ce que les 48 cylindres s’emballent seuls. Ce moteur auxiliaire, baptisé donkey engine (le moteur-âne, en référence à l’animal de somme), est coupé dès que l’ensemble tourne.
Ce détail a une conséquence amusante sur le plan technique : au moment du démarrage, la Tinker Toy possède 49 cylindres. Whitelock le reconnaît lui-même avec humour. L’annonce de mise aux enchères chez Bonhams, sobrement formulée “fournie avec clé”, a beaucoup fait sourire la communauté moto en ligne, sachant qu’il faut en réalité un moteur entier supplémentaire pour démarrer la machine.
À noter
Les vidéos du processus de construction, tournées entre 1999 et 2003, ont été parmi les vidéos moto les plus visionnées sur YouTube pendant des années. La séquence du premier démarrage du moteur sans échappement (le son “Rolls-Royce Merlin” en plein air) reste l’une des plus commentées de la communauté custom internationale.
Le nom : un hommage à un bombardier de la Seconde Guerre mondiale
Le nom Tinker Toy (jouet à bricoler) n’est pas choisi au hasard. Il rend hommage à un bombardier B-17 Flying Fortress de la Seconde Guerre mondiale, baptisé Tinker Toy par son équipage américain. Whitelock, passionné d’aviation militaire, a été frappé par l’analogie visuelle : son moteur de moto, avec ses rangées de cylindres enchevêtrés, évoque les moteurs en étoile des appareils de combat des années 1940.
Lorsqu’il démarre le moteur pour la première fois sans le système d’échappement, Whitelock déclare que le son ressemble à un Rolls-Royce Merlin, le légendaire moteur V12 qui équipait les Spitfire et les Hurricane de la Royal Air Force. Une comparaison qu’il considère comme le plus grand des compliments possibles pour sa création.
Bon à savoir
Le vrai B-17 “Tinker Toy” a servi dans la 8e Air Force américaine pendant la Seconde Guerre mondiale. Whitelock a choisi ce nom précisément parce que le bombardier était connu pour avoir survécu à des missions extrêmes, tout comme sa moto est censée avoir survécu à des contraintes mécaniques que personne n’a osé tester avant lui.
Homologuée sur route : légale, vraiment ?
L’aspect le plus stupéfiant de la Tinker Toy est peut-être celui-là : elle est homologuée pour circuler sur route en Grande-Bretagne. Elle satisfait à toutes les exigences légales anglaises et est en possession d’un permis de circuler en bonne et due forme. Pour y parvenir, Whitelock a dû concevoir un système de freinage adapté au poids de 600 kg (la fourche est issue d’une Honda Gold Wing, les jantes Hagon à rayons inox renforcés), assurer un éclairage et une signalisation conformes, obtenir une plaque d’immatriculation et une assurance, et passer les contrôles techniques applicables.
La moto roule effectivement sur la route. Les vidéos de la Tinker Toy en circulation dans les rues britanniques comptent parmi les séquences les plus improbables de l’histoire de la moto en ligne. Une machine de 600 kg, large comme une voiture compacte, avec six rangées de cylindres à l’air libre, se faufilant dans la circulation du Hertfordshire.
Le record Guinness et la vente à 107 000 €
La Tinker Toy est terminée en 2003. Ce n’est qu’en 2024, soit 21 ans après sa construction, qu’elle entre officiellement dans le Guinness World Records pour la catégorie “plus grand nombre de cylindres dans le moteur d’un véhicule terrestre”. Cette attente s’explique par les procédures d’homologation propres au Guinness, particulièrement longues pour les records de niche. Ce qui est remarquable : pendant toutes ces années, personne n’a tenté de la battre. La machine a fonctionné exactement comme Whitelock l’avait prévu : un mur psychologique si élevé que la communauté custom mondiale a renoncé à le franchir.
En avril 2024, Whitelock décide de se séparer de sa création. La Tinker Toy est consignée chez Bonhams|Cars pour le Spring Stafford Sale, la plus grande vente aux enchères de motos de collection du Royaume-Uni. L’estimation pre-auction est fixée à 40 000 à 60 000 £. Elle part à 92 000 £ (environ 107 000 €), soit 53 % au-dessus de l’estimation haute, en tant que lot numéro 444. La vente totale a atteint 3 millions de livres avec un taux de vente de 95 %.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Vente | Bonhams|Cars, Spring Stafford Sale, avril 2024 |
| Estimation | 40 000 à 60 000 £ |
| Prix final | 92 000 £ (environ 107 000 €) |
| Dépassement estimation haute | +53 % |
| Numéro de lot | 444 |
| Record Guinness obtenu | 2024 (21 ans après la construction) |
Bon à savoir
L’annonce originale de la vente chez Bonhams précisait laconiquement : “fournie avec clé”. Pour une moto nécessitant un moteur auxiliaire de 125 cm³ pour démarrer, cette formulation a beaucoup fait sourire la communauté moto en ligne. C’est peut-être la description de lot la plus sous-estimée de l’histoire des enchères de motos.
Pourquoi acheter chez 3AS Racing ?
Simon Whitelock a construit son chef-d’œuvre à partir de pièces de Kawasaki KH250 récupérées dans des casses et brocantes. Le principe est simple : de bonnes pièces, bien choisies, bien assemblées, peuvent donner naissance à quelque chose d’exceptionnel. Chez 3AS Racing, ce principe s’applique à toutes les marques et tous les usages : que vous prépariez une machine pour la route, le circuit ou le tout-terrain, le catalogue couvre plus de 300 000 références en stock. Vous ne construirez probablement pas un 48 cylindres, mais pour tout ce qui se trouve entre un cylindre et quarante-sept, 3AS Racing a la pièce qu’il vous faut.
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FAQ
Qui a construit la Tinker Toy ?
Simon Whitelock, constructeur de motos custom depuis 1985, opérant depuis Red Dog Superbikes à Potters Bar dans le Hertfordshire (Angleterre). Il a commencé la construction en 1998 et l’a achevée en 2003.
Combien pèse la Tinker Toy ?
600 kg (environ 1 300 lb), soit à peu près le poids de quatre motos de route standard. La fourche est issue d’une Honda Gold Wing, les jantes Hagon à rayons inox renforcés, pour supporter ce poids en circulation.
La Tinker Toy est-elle vraiment homologuée sur route ?
Oui. Elle satisfait à toutes les exigences légales en Grande-Bretagne et possède un permis de circuler en bonne et due forme. Elle a effectivement roulé sur des routes publiques britanniques, comme en témoignent les vidéos disponibles en ligne.
Combien s’est vendue la Tinker Toy aux enchères ?
92 000 £ (environ 107 000 €) lors de la vente Bonhams|Cars Spring Stafford Sale en avril 2024, soit 53 % au-dessus de l’estimation haute qui était fixée à 60 000 £.
Pourquoi personne n’a battu le record des 48 cylindres ?
C’était précisément l’objectif de Whitelock : construire quelque chose de si démesuré que personne n’oserait aller plus loin. Le pari est tenu : 21 ans après la fin de la construction, le record Guinness n’a toujours pas été contesté. La machine a fonctionné comme un mur psychologique dans la communauté custom mondiale.
En résumé
Sources : Guinness World Records (record officiel 48 cylindres), New Atlas (dossier technique Tinker Toy), Bonhams|Cars (résultats Spring Stafford Sale 2024), Bike EXIF (top 10 ventes Stafford), Autoplus.fr et Moto-Station (couverture presse française), Designboom (reportage technique), Motorcyclespecs.co.za et Bikesales.com.au (fiche technique Kawasaki KH250).









