KTM a perdu 1,28 milliard d’euros en 2024 et n’a survécu que grâce à un constructeur indien
Le 28 novembre 2024, KTM ouvrait une procédure de restructuration judiciaire. Pour beaucoup, l’annonce sonnait comme un coup de tonnerre : le plus grand fabricant européen de motos, celui qui avait conquis le Dakar et révolutionné le segment adventure, se retrouvait au bord du gouffre financier.
Les chiffres publiés dans le rapport préliminaire de Pierer Mobility AG pour l’exercice 2024 sont sans appel. Chiffre d’affaires en recul de 29 %, volumes vendus en chute de 21 %, dette nette à 1,643 milliard d’euros, capitaux propres négatifs à hauteur de 199 millions d’euros. Ce n’est pas une mauvaise année : c’est une crise structurelle.
Ce qui a sauvé KTM, ce n’est pas un plan de rigueur interne ni un rachat par un fonds d’investissement. C’est Bajaj Auto, partenaire indien détenant 48 % du capital, qui a injecté plus de 750 millions d’euros pour éviter la faillite. Retour sur douze mois qui ont failli tuer une icône orange.
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Les chiffres catastrophiques de 2024
292 497 motos vendues en 2024, contre 372 511 l’année précédente. Ce recul de 21 % en volume traduit quelque chose de plus profond qu’un simple ralentissement conjoncturel.
Le chiffre d’affaires de Pierer Mobility AG est passé de 2,7 milliards d’euros en 2023 à 1,9 milliard en 2024, soit une chute de 29 % en valeur. Quand le chiffre d’affaires recule plus vite que les volumes, cela signifie aussi que les prix ou les mix produits ont souffert.
La dette nette atteignait 1,643 milliard d’euros. Les capitaux propres affichaient un solde négatif de 199 millions d’euros, signe que le passif du groupe dépassait l’ensemble de ses actifs. Dans ce contexte, lever de nouveaux financements sur les marchés était quasiment impossible sans garantie externe.
Attention aux raccourcis médiatiques
Certains titres ont parlé de “1,28 milliard de pertes”. Ce chiffre correspond aux pertes nettes consolidées du groupe sur l’exercice, distinctes de la dette nette totale de 1,643 milliard. Les deux indicateurs reflètent des réalités comptables différentes, mais chacun suffit à mesurer l’ampleur de la crise.
Un recul concentré sur les marchés occidentaux
Les marchés européens et nord-américains, cœurs historiques de KTM, ont particulièrement souffert. La demande pour les motos de moyenne et haute cylindrée a marqué le pas dans plusieurs pays, dans un contexte de pouvoir d’achat sous pression et de taux d’intérêt élevés sur le crédit à la consommation.
Les concessionnaires se retrouvaient avec des stocks importants invendus, ce qui a forcé le groupe à réduire ses cadences de production. Moins de production, moins de revenus, mais des charges fixes identiques : le ciseau financier s’est refermé rapidement.
Ce qui a provoqué la crise
Plusieurs facteurs se sont cumulés. Aucun pris isolément n’aurait suffi à mettre KTM à genoux. Ensemble, ils ont créé une spirale difficile à briser.
Une expansion trop rapide pendant le boom post-Covid
Entre 2020 et 2022, le marché de la moto a explosé. Les confinements ont poussé de nombreux acheteurs vers des deux-roues, et les constructeurs ont investi massivement pour répondre à cette demande. KTM a suivi ce mouvement, augmentant ses capacités de production et ses effectifs.
Quand la demande s’est normalisée en 2023 puis a reculé en 2024, le groupe s’est retrouvé avec une structure de coûts dimensionnée pour un marché qui n’existait plus. Les investissements en capital engagés pendant les années fastes pesaient désormais comme autant de charges fixes incompressibles.
Une concurrence qui s’est intensifiée
Les constructeurs asiatiques, notamment chinois, ont monté en gamme plus vite que prévu. Sur certains segments d’entrée et de milieu de gamme, des marques comme CFMoto ou Zontes proposaient des produits techniquement sérieux à des prix nettement inférieurs aux KTM équivalentes.
Parallèlement, la montée en puissance des motos électriques a commencé à fracturer les segments urbains traditionnellement rentables pour les petites cylindrées européennes.
Des coûts de production en hausse constante
L’inflation sur les matières premières, les composants électroniques et l’énergie a durci les marges tout au long de la chaîne de valeur. KTM, qui fabrique en Autriche avec des coûts de main-d’œuvre parmi les plus élevés d’Europe, était particulièrement exposé.
La procédure de restructuration judiciaire
Le 28 novembre 2024, Pierer Mobility AG dépose officiellement une demande de restructuration judiciaire auprès des tribunaux autrichiens. Concrètement, cela permet au groupe de geler temporairement le remboursement de ses dettes et d’ouvrir des négociations formelles avec ses créanciers.
La procédure prévoit une fenêtre de 90 jours pour présenter et valider un plan de réorganisation. C’est court. Chaque semaine compte pour convaincre les banques, les obligataires et les fournisseurs qu’un accord collectif vaut mieux qu’une liquidation.
Pourquoi cette procédure plutôt que la faillite directe
La restructuration judiciaire n’est pas une faillite. Elle est conçue pour préserver l’activité tout en permettant à une entreprise de renégocier ses engagements. En Autriche, ce mécanisme protège temporairement la société des actions individuelles de ses créanciers.
Pour KTM, l’enjeu était aussi symbolique : une faillite franche aurait immédiatement impacté la confiance des acheteurs, des concessionnaires et des partenaires sportifs. La restructuration envoie le signal inverse : le groupe tient debout et négocie.
Ce qui a été maintenu pendant la procédure
KTM a confirmé que la production, la distribution et le service après-vente se poursuivaient sans interruption. Les garanties sur les motos vendues avant la restructuration restaient valables. Les concessionnaires ont continué à recevoir des livraisons, même si les délais ont parfois été allongés sur certains modèles.
Bajaj Auto : le partenaire qui a tout sauvé
Sans Bajaj Auto, KTM n’existerait probablement plus sous sa forme actuelle. Ce n’est pas une formule. C’est ce que les chiffres démontrent.
Bajaj Auto, deuxième constructeur de deux-roues indien, détient 48 % du capital de KTM depuis une décennie. Ce partenariat avait jusqu’ici surtout été commenté sous l’angle industriel : fabrication de KTM en Inde pour les marchés émergents, volumes partagés, réseaux communs. En 2024, il est devenu un filet de sécurité financier.
Les deux tranches d’injection de capital
Mi-mars 2025 : Bajaj injecte une première tranche de 150 millions d’euros. C’est le signal envoyé aux créanciers que le partenaire indien ne compte pas laisser KTM couler.
Avant le 23 mai 2025 : un second versement de 600 millions d’euros doit être réalisé, portant l’engagement total à 750 millions d’euros. Cette somme couvre une partie substantielle des dettes du groupe et permet de reconstituer des fonds propres positifs.
Au total, Bajaj aura injecté trois quarts de milliard d’euros pour maintenir en vie le fleuron autrichien de la moto sportive. Peu de partenariats industriels dans le secteur automobile ou moto ont abouti à un tel niveau d’engagement.
Pourquoi Bajaj avait intérêt à sauver KTM
La question mérite d’être posée : pourquoi un constructeur indien dépenserait-il 750 millions d’euros pour sauver une marque européenne en difficulté ?
D’abord, parce que KTM apporte à Bajaj une technologie, une image de marque premium et un accès aux marchés occidentaux que le groupe indien ne pourrait pas construire seul en quelques années. Ensuite, parce qu’une faillite de KTM aurait détruit la valeur de sa participation de 48 %, représentant des années d’investissement. Laisser couler aurait coûté aussi cher que sauver.
Ce que ça change pour les motards
Concrètement, qu’est-ce que cette crise change pour quelqu’un qui possède ou envisage d’acheter une KTM ?
Les propriétaires de KTM existantes
Le service après-vente a été maintenu. Les pièces détachées continuent à circuler dans les réseaux. Les garanties constructeur restent valables pour les motos achetées avant et pendant la restructuration.
La valeur de revente a, en revanche, souffert dans l’immédiat. Sur les marchés de l’occasion, les annonces de KTM se sont multipliées à partir de novembre 2024, certains propriétaires anticipant un risque sur le support pièces à long terme. Ce phénomène devrait se corriger à mesure que la situation financière du groupe se stabilise.
Les futurs acheteurs
Les nouveaux modèles annoncés pour 2025 et 2026 restent au programme, même si certains lancements ont pu être décalés. Avec le soutien de Bajaj, KTM dispose désormais d’une visibilité financière suffisante pour aller au bout de ses cycles de développement produit.
Les délais chez les concessionnaires pourraient rester tendus sur certaines références populaires en 2025, le temps que la production retrouve un rythme normalisé. Prévoir quelques semaines supplémentaires lors d’une commande reste prudent.
Sur la valeur de revente
Vendre sa KTM dans la panique en décembre 2024 était probablement une erreur. Les marques qui traversent une restructuration réussie voient généralement leur cote se redresser une fois la confiance revenue. Le précédent Triumph en 1983 ou Ducati dans les années 1990 le montrent.
Équipements et accessoires pour les riders KTM
Que votre KTM soit sur route ou sur piste, l’entretien et l’équipement restent des priorités que la crise du constructeur ne doit pas faire passer au second plan.
Pour les pilotes qui pratiquent en conditions difficiles, la protection oculaire est essentielle. Les lunettes Shot offrent une gamme adaptée aux riders enduro et cross, univers dans lesquels KTM reste une référence incontestée malgré la crise.
Pour ceux qui misent sur la polyvalence et les standards exigeants des sports mécaniques, les lunettes 100% constituent une alternative premium reconnue par de nombreux compétiteurs utilisant justement des machines orange.
Côté mécanique, maintenir sa moto en ordre de marche passe aussi par une distribution en bon état. Une sélection de chaînes de distribution adaptées aux moteurs monocylindres et bicylindres est disponible pour assurer la longévité de votre motorisation.
FAQ
KTM est-il en faillite ?
Non. KTM a ouvert une procédure de restructuration judiciaire en novembre 2024, ce qui n’est pas une faillite. Cette procédure a permis de négocier avec les créanciers tout en maintenant l’activité. Avec l’injection de 750 millions d’euros par Bajaj Auto, le groupe dispose désormais de moyens pour se redresser.
Ma garantie KTM est-elle toujours valable ?
Oui. KTM a confirmé le maintien de toutes les garanties constructeur pour les motos achetées avant et pendant la restructuration. Le réseau de concessionnaires reste opérationnel pour les interventions sous garantie.
Quelle est la différence entre la dette nette et les pertes nettes de KTM ?
Les pertes nettes (souvent citées autour de 1,28 milliard d’euros) représentent le déficit comptable de l’exercice 2024. La dette nette (1,643 milliard d’euros) correspond à l’ensemble des emprunts du groupe diminué de sa trésorerie disponible. Les deux indicateurs sont alarmants mais mesurent des réalités différentes.
En résumé
Sources : Visordown.com, rapport préliminaire Pierer Mobility AG 2024 ; Autoactu.com, procédure de restructuration judiciaire KTM, novembre 2024 ; Moto-net.com, bilan 2024 KTM et intervention Bajaj Auto ; Motomag.com, restructuration KTM et continuité du service.







